Comment feriez-vous de la prévention tabac chez les jeunes entre 15 et 25 ans ? Vous leur diriez que la cigarette va les tuer ? Mouai … À l’heure où YOLO est le nouveau mantra (You Only Live Once. Comprenez : Tu n’as qu’une vie alors vas-y fonce), il y a fort à parier que votre campagne passerait au mieux inaperçue, ou pire, les ferait rire. Vous leur diriez que fumer va attaquer leur capital beauté ? “Un jour mon garçon, tu perdras tes cheveux et tu auras des rides”. Et là il vous répondra : “So what ? Que je fume ou non, j’aurai des rides, alors …” Et vous lui répondrez qu’il n’a pas bien compris : “Ces rides, elles seront très profooondes !!”. Mais il sera déjà parti au tabac du coin s’acheter un paquet de cette marque trop stylée. Y a pas à dire, ils sont durs à comprendre ces “jeunes” …

 

Des jeunes durs à comprendre ?

Pas tant que ça en fait, il suffirait de faire preuve d’un peu d’empathie et d’essayer de se (re)mettre dans leur peau.

Nous à 15 ans, on voulait être libre, on ne voulait recevoir d’ordre de personne, on adorait notre T-Shirt mal repassé avec la tête du Ché et avec écrit dessus en lettres rouges “No pasaran”. Non : “Ces relous d’adultes ne passeront pas et ne nous empêcheront pas de profiter de la viiiiiiie !“. Et on écoutait en boucle Antisocial de Trust … Oui bon ok c’était y a longtemps.

Enfin ça n’a pas trop changé … Les millenials comme on les appelle sont toujours épris de cette même liberté et pensent, comme nous à l’époque, que le summum de l’indépendance, c’est de fumer.

 

Le B.A.BA d’une bonne campagne

Donc, en résumé, si on voulait faire une campagne de prévention tabac chez les jeunes, on aurait deux options :

Option N°1 : Faire une campagne d’un vieux qui parle à un jeune sans essayer de comprendre ce qu’il vit.
– “Fumer va te tuer”
– “Oui mais nous on veut kiffer notre vie, on s’en fout de mourir”
– “Ben moi aussi je m’en fous, la voilà ta campagne. MANGE TA SOUPE JE TE DIS !”

Option N°2 : Décider de nous mettre au niveau des jeunes. De leur parler d’une façon qui les touchera, les bousculera et les fera réfléchir. Quitte à user d’un discours peu commun, quitte à choquer quelques vieilles âmes sensibles. Mais qui ne sont pas la cible … Alors bon … on s’en fiche, non ?

 

Une association qui a choisi l’efficacité

C’est ce qu’a fait l’association DNF (Droits des Non-Fumeurs) en 2010. La même qui avait produit ce spot génial avec Yvan Attal (revoir le film ici).

Ils avaient compris que le moteur principal des jeunes entre 15 et 25 ans c’est la liberté et l’indépendance. Et que c’est souvent ça qui les pousse à commencer à fumer.

Mais ils se trompent les jeunes ! Ils n’ont pas compris … Le cow-boy tout ça c’est des foutaises ! La cigarette ne va pas les libérer mais les aliéner. Non seulement elle va les rendre dépendants à la nicotine, oui on sait, mais elle va surtout les rendre dépendants d’habitudes et d’une béquille imaginaire dont il sera très compliqué de se défaire. Il est LÀ le problème, et si on arrive à leur faire ouvrir les yeux sur ce point, on aura une petite chance de les faire renoncer à leur marque “stylée”.

La liberté avant tout. La mort viendra, oui, mais ça n’est pas leur problème.

 

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Des résultats concluants

DNF a pris le parti de choquer pour toucher et ils ont choisi ce visuel. Oui ça interpelle. Cet homme représente l’industrie du tabac, c’est clair. Et cette cigarette, une … Bref. On a compris. Oui c’est une scène d’abus sexuel. Le parallèle est choc mais explicite : “Vous pensez exprimer votre liberté mais vous n’êtes que l’esclave d’une industrie qui se fait du fric sur votre dépendance”.

Et bien vous n’imaginez pas le tollé que ça a été. Le seul truc c’est qu’une enquête IPSOS a été faite suite à cette vague de remous (qui d’ailleurs a permis la diffusion massive de la campagne qui initialement n’était prévue qu’en Cart’Com) et elle a révélé que 64% des 15-24 ans ont trouvé cette campagne interpellante (contre 20% en moyenne pour les campagnes classiques). 90% d’entre eux ont même validé le fait que “le choc” était essentiel pour attirer leur attention.

Alors nous on dit : objectif atteint.