Djamila Haouari
Djamila Haouari

Djamila Haouari est médecin généraliste depuis 1985. Il y a quelques années, forte de son expérience, elle réalise que l’allopathie ne peut pas régler tous les maux … En 2012, elle se forme à la Pitié Salpêtrière à Paris et devient hypnothérapeute. Activité qu’elle mène la moitié de son temps, l’autre moitié restant consacrée à la médecine générale. Nous avons eu la chance de pouvoir lui poser les questions qui nous taraudaient sur sa pratique. Alors l’hypnose pour arrêter de fumer, c’est pour qui ? Ça marche comment ? Elle nous dit tout !

 

 

 

A quel type de fumeurs s’adresse l’hypnose ?

Ce qui marche le mieux avec l’hypnose, c’est le sevrage des cigarettes « habitude ». Celles qui sont fumées presque par “réflexe”, sans y penser. Tout simplement parce qu’elles sont là depuis très longtemps … Mais en réalité, cette technique peut être efficace sur tous les fumeurs. À condition qu’ils soient motivés et qu’ils aient choisi de recourir à cette méthode librement.

La question de la volonté sincère et profonde vis à vis de soi-même est très importante. La décision d’arrêter de fumer doit être prise avec la volonté d’obtenir un résultat pour soi et de se faire du bien à soi. On n’arrête pas de fumer pour “faire plaisir” à autrui ou sous la pression de l’entourage.

Parfois, certaines personnes qui ont vraiment envie d’arrêter de fumer, se rendent compte que ce n’est pas le moment. Quelque chose à l’intérieur les empêche ou les bloque. C’est vrai que parfois la relation à la cigarette est tellement forte qu’on se dit qu’elle nous aide à vivre … Dans ce cas là, le fait d’arrêter de fumer peut être anxiogène. On se demande comment on va faire pour supporter l’absence de notre béquille ! Pour se concentrer, être efficace, rester mince, faire face à l’ennui … Les raisons sont multiples.

En tout état de cause, chaque fumeur a ses propres raisons d’être anxieux par rapport au sevrage. D’où l’absolue nécessité de faire le point avec lui en début de séance afin de planifier le projet de sevrage. Il est parfois nécessaire de régler la problématique anxieuse par une première séance avant de proposer de se séparer de la cigarette. Mais le choix est toujours laissé au fumeur concernant les priorités en fonction de son ressenti.

 

Comment bien choisir son hypnothérapeute ?

Je pense que le mieux, c’est le bouche à oreille. Si la personne qui recommande le praticien a réussi son sevrage (ou tout autre soin) grâce à ce thérapeute, alors on ira dans un esprit positif. Sans frein. Et la séance marchera d’autant mieux.

D’autre part, il est souhaitable de vérifier les références concernant la formation du thérapeute.

 

L’hypnose comment et pourquoi ça marche ?

Pour moi il y a deux choses primordiales :

1/ La connexion entre l’hypnothérapeute et le fumeur.

C’est ce qu’on appelle l’alliance thérapeutique.

  • Le fumeur a confiance dans le thérapeute.
  • Le thérapeute a confiance dans les capacités et dans les compétences du patient pour le travail qu’il envisage. Alors il sera à 100% présent et disponible pour lui, pour l’accompagner et l’encourager à atteindre son objectif.

2/ Le fumeur est « maître à bord »

Et le thérapeute est présent pour lui proposer un moyen qui va lui permettre de se rendre disponible mentalement et physiquement pour atteindre son objectif.

Dès que le processus de réparation est enclenché en séance, il continuera à se mettre en place dans les jours et les semaines qui suivront sans avoir besoin de faire aucun effort par la suite.

Le fumeur n’aura plus qu’à constater le changement sans aucune obligation dans le comportement après la séance. Il n’y aura pas d’exercices à faire et le fumeur restera libre de continuer à vivre en fonction de ce qu’il ressent. S’il sent qu’il a besoin d’utiliser des patchs, il pourra utiliser des patchs. S’il sent qu’il a besoin de fumer à la sortie de la séance, il pourra fumer. Et s’il sent qu’il n’a pas envie de fumer, il ne sera pas obligé de se forcer pour tester sa capacité de contrôle …

Il suffira d’attendre l’installation du résultat et de se laisser surprendre par l’expérience de ne plus avoir envie de fumer.

 

Que pensez vous des séances de groupe ?

Ce n’est pas ma façon de travailler et je ne connais pas les statistiques de réussite des thérapeutes qui sont rodés aux séances de groupes.

Il y a des fumeurs qui préfèrent ce type de séances, car cela peut donner du courage, une solidarité de groupe, de la force et même une certaine émulation pour le travail à entreprendre.

Il me semble cependant que si l’on veut travailler de cette façon, il faut rester attentif à chacun des participants et veiller à l’homogénéité du groupe en terme de profil et de motivation. Dans ce cas là, on pourra proposer une même technique aux différentes personnes et profiter de la cohésion du groupe pour donner, en théorie, de bons résultats.

 

Que faire si l’on rechute ?

L’hypnose n’est pas une psychothérapie et je ne pousse jamais au delà d’une certaine limite l’interrogatoire du fumeur qui revient pour échec ou résultat incomplet.

Comme je le disais plus haut, partant du principe que la motivation du patient est à la base de la réussite du sevrage, on est en droit de penser que peut-être une raison non identifiée ou non ressentie par le patient lui-même empêche le résultat … Ce n’est peut être pas le bon moment d’arrêter ? Alors, dans ce cas, je propose une séance pour renforcer éventuellement la motivation, la confiance et les compétences ou désactiver un quelconque processus de blocage si le fumeur est d’accord.

Dans le cas de résultat incomplet (le fumeur a beaucoup diminué, mais n’a pas complètement arrêté), je propose une séance de consolidation pour aller plus loin dans le sevrage.

 

Comment agit l’hypnose ?

 

Pas de prise de pouvoir

On associe souvent l’hypnose à une prise de pouvoir sur le cerveau. Il est important de savoir que pendant une séance, on ne dort pas et on ne perd pas conscience ou connaissance. Il n’y a aucune suggestion directe ou indirecte en dehorsdu sujet pour lequel la personne vient me voir. Les yeux ouverts ou les yeux fermés, pas d’importance, c’est le fumeur qui choisit ce qui lui convient.

 

Un état naturel

D’autre part, il faut savoir que l’état de transe hypnotique dans lequel les hypnothérapeutes vous mettent est un état naturel et physiologique. Cet état est nécessaire à la vie de tout être humain et celui-ci s’y met d’ailleurs “joyeusement” plusieurs fois par jour.

C’est d’ailleurs un état fort agréable ! On s’y met dès qu’on s’ennuie ou qu’on n’a rien à faire … C’est un état de “rêverie” qui peut durer plus ou moins longtemps. Parfois, nos yeux se fixent sur quelque chose que l’on finit par ne plus voir et notre esprit s’évade. C’est souvent à ce moment là qu’une personne, que vous êtes censée écouter, va agiter la main et vous dire “Tu es ailleurs !”. D’ailleurs, une fois revenu à vous, vous ne saurez même pas où étaient vos pensées … On pourrait comparer cet état au processus de réinitialisation d’un ordinateur, un état de maintenance.

 

Le cerveau, cet ordinateur

Le cerveau fonctionne vraiment comme un ordinateur. De nombreuses études menées actuellement en neurosciences, montrent que lorsque l’on est en état de transe hypnotique, il y a des modifications au niveau des cellules cérébrales. Autrement dit on répare, on remet en ordre des choses qui ont buggé à un moment donné. 

Pendant une séance d’hypnose, il se passe la même chose : vous ne dormez pas, vous avez toujours le contrôle, vous êtes là. On peut même parfois faire de l’hypnose conversationnelle, sous forme de discussion.

 

En résumé, l’hypnose n’est pas une question de prise de contrôle. Elle ne pourrait jamais fonctionner sans votre accord. C’est un contrat que l’on signe à deux pour une heure.

 

Combien de séances sont nécessaires pour un arrêt définitif ?

Il faut compter entre 1 à 3 séances, tout dépend du fumeur et de sa relation à la cigarette. Généralement une séance d’1h (max 1h30) suffit. Mais comme je vous le disais précédemment, il est parfois nécessaire de traiter un problème plus profond avant ou après la séance.

Après une première séance, le résultat peut, parfois être surprenant, un peu comme si le corps agissait pour régler des choses prioritaires. En effet, Il arrive qu’on ne discerne pas au premier contact un problème sous-jacent au tabac. Soit parce que la personne n’en parle pas, soit tout simplement parce qu’elle n’en a pas conscience. Et il arrive que ce problème se règle avant le tabac. Sans que le fumeur en ai exprimé consciemment le besoin.

J’ai souvenir d’une personne qui était venue me voir pour des troubles du comportement alimentaire. Nous avons fait une première séance puis elle m’a rappelée un mois plus tard. Elle m’a alors dit qu’elle avait toujours des compulsions alimentaires mais quelle dormait désormais très bien ! Nous avons pris en charge ses troubles alimentaires dans un 2e temps.

En résumé c’est du cas par cas. Même si la plupart du temps une seule séance suffit, le projet se construit au fur et à mesure à partir des changements que va obtenir le fumeur. L’hypnothérapeute sera toujours présent pour l’accompagner et l’encourager à faire le parcours jusqu’au bout.

 

 

Avant toutes choses, choisissez librement la technique qui vous parle pour réussir votre sevrage. Comme vous le faites si bien pour choisir une musique, un parfum, un bon plat ou un vêtement ! Juste pour vous faire du bien à vous-mêmes.

 


 

Vous êtes tenté par l’hypnose pour arrêter de fumer ? Vous voulez plus d’infos ? Consultez le site du Docteur Haouari !

 


A bientôt pour une nouvelle interview !