Le Professeur Dautzenberg est pneumologue, tabacologue à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière et président de Paris Sans Tabac.En observant les vapoteurs et leur arrêt plus facile de la cigarette et en se penchant sur les résultats des recherches menées sur le sujet, il a un avis de plus en plus favorable à son utilisation pour la sortie du tabac. Aujourd’hui, alors que la cigarette électronique ne fait pas partie de l’arsenal officiel d’outils d’aide au sevrage tabagique, il la recommande à ses patients. Il est même président de la commission de normalisation AFNOR sur les e-cigarettes et les e-liquides. Forcément nous voulions qu’il nous parle de cet objet qui a déjà séduit 3 millions de Français et qu’il nous dise enfin la vérité sur la e-cigarette.

 

Quelles sont les différences entre une cigarette et une e-cigarette ?

Elles n’ont rien à voir. D’abord évidemment elles n’ont pas la même forme et elles ne fonctionnent pas de la même façon. Pour la première, il y a de la combustion (très toxique). Pour la seconde, il y a formation de vapeur (beaucoup moins toxique).

Ensuite, même si les deux délivrent de la nicotine, la e-cigarette est plus proche des substituts nicotiniques que de la cigarette. Sa composition est très claire et contrôlée : eau pure, nicotine, propylène glycol, glycérine végétale (les mêmes que ceux utilisés dans les médicaments), de l’alcool et des arômes alimentaires.

Et pour finir, elles n’ont pas la même fonction. Si l’on vapote, c’est soit pour arrêter de fumer soit pour “fumer” moins dangereux.

 

Pourquoi défendez-vous la e-cigarette plutôt qu’une autre méthode de sevrage ?

Ma lutte, c’est la sortie du tabac et la e-cigarette fait ses preuves tous les jours. Il suffit de regarder les chiffres : en 2011, au moment où les e-cigarettes sont arrivées en France, les ventes de cigarettes ont commencé à baisser. Elles sont passées à 45 milliards alors que jusque-là elles stagnaient à 54 milliards depuis au moins 10 ans. Ça fait donc 9 milliards de cigarettes en moins vendues par an. Quand on sait qu’il faut 660.000 cigarettes en moyenne pour tuer quelqu’un, on a donc sauvé plus de 10.000 vies. Je suis médecin et il n’y a que ça qui m’importe : les vies sauvées. Après il y a peut-être d’autres raisons qui expliquent cette baisse des ventes mais comme elle arrive en même temps que la e-cigarette dans notre pays, il est très tentant d’y voir un rapport …

Une autre chose qui est très intéressante avec la e-cigarette c’est que contrairement aux autres techniques de sevrage, elle ne coupe pas l’ex-fumeur de ses anciens instants de convivialité (comme les pauses au travail). C’est donc une technique plus douce qui permet de sortir du tabac par le plaisir.

 

Que répondez-vous à ceux qui pensent que la cigarette électronique est aussi toxique que la cigarette ?

Comme je le dis souvent “Fumer c’est rouler sur l’autoroute à contresens alors que vapoter, c’est rouler à 150km/h là où c’est limité à 130”. Il n’y a pas de risque zéro mais le risque pris avec une e-cigarette est incomparable par rapport au risque pris avec une cigarette. Et depuis 5 ans, aucune mort n’a été directement associée à l’utilisation de la e-cigarette alors qu’en France, 390.000 personnes ont succombé à la cigarette (1 fumeur sur 2).

 

Reste qu’en 2013, une étude de 60 Millions de Consommateurs a révélé la présence de produits toxiques¹ dans la vapeur des e-cigarettes. Est-ce que vous pouvez-nous dire où l’on en est ?

 

Une méthodologie contestée

On a reproché à 60 Millions de Consommateurs d’avoir probablement trop fait chauffer les e-cigarettes et e-liquides. Mais en fait les données n’étaient globalement pas catastrophiques. En tout état de cause bien moins pires que celles, avérées, sur la fumée de tabac.

Ils ont refait une étude en 2014 et ont conclu qu’il y avait encore des progrès à faire mais que c’était beaucoup mieux. Et c’est vrai ! La e-cigarette ne cesse de s’améliorer. La norme AFNOR actuelle a interdit 3.500 substances dangereuses.

 

Aujourd’hui les e-liquides sont “propres”

Mais là où il peut y avoir un doute, c’est sur les arômes. Ils ont beau être alimentaires, ce n’est pas parce qu’ils sont sans effet sur l’estomac quand ils sont ingérés, qu’ils le sont aussi sur les poumons quand ils sont inhalés. Enfin. Vus les centaines de millions d’utilisateurs dans le monde et le nombre d’ennemis du produit qui guettent le moindre incident, le risque, s’il existe, ne peut être que sans commune mesure avec celui parfaitement établi de la fumée du tabac.

 

Les e-cigarettes sont beaucoup plus sûres

Aujourd’hui, on n’utilise plus de plastiques qui libèrent des monomères avec la chaleur ou des métaux qui libèrent des particules nocives. Évidemment, il faut se servir correctement de son matériel et veiller à ce que le tout soit bien humidifié en permanence. Dans le cas contraire votre e-cigarette surchauffera et c’est ça qui créera, notamment, de l’acroléine. Enfin je vous rassure, la plupart des e-cigarettes aujourd’hui sont conçues pour éviter ce genre de risque. En plus l’acroléine sent le brûlé. Donc si jamais votre e-cigarette surchauffe, vous le saurez tout de suite.

 

Les quantités toxiques trouvées dans l’étude sont infimes.

Que ce soit pour le formaldéhyde ou les métaux lourds. Il est émis 10, 20, grand maximum 60 μg/m3 de formaldéhyde pour 300 bouffées (l’équivalent d’une journée de vape) alors que l’ANSES² tolère 10 μg/m3 dans une pièce fermée pour une exposition longue durée (soit 120 μg sur une journée). Et pour les métaux, on a trouvé une quantité 10 à 100 fois inférieure à celle autorisée dans les médicaments à inhaler …

 

Alors pourquoi l’INPES³ ne dit-elle pas une bonne fois pour toutes qu’il vaut mieux vapoter que fumer ?

L’INPES fait ce que le Ministère de la Santé lui demande. Et ce dernier ne les mandatera jamais pour faire une campagne de ce genre. Tout simplement parce que le ratio “bénéfice patient” / “risque encouru pour eux” est trop incertain. Ils sont traumatisés par l’épisode du Médiator et d’autres scandales sanitaires …

Mais ce qui compte c’est que toutes les personnes qui sont parties prenantes sur le sujet aient un grand socle d’accords. Et c’est le cas. Les vapoteurs, les scientifiques, les médecins, les associations, nous sommes tous d’accord sur le fait que la e-cigarette est infiniment plus saine que le tabac et que c’est une bonne solution pour les fumeurs. Donc si on communique tous correctement, chacun de notre côté, l’information va passer.

Là où il reste encore des désaccords, c’est sur les arômes, la publicité et l’utilisation dans les lieux publics. Nous verrons cela au Sommet de la Vape le 9 mai au CNAM à Paris. Et surtout, prenons du recul et rappelons-nous que nous sommes en avance en France. En Belgique, les liquides avec nicotine ne vont être autorisés que fin mai 2016 !

Relire notre article : Sommet de la vape #1 : alors ?

 

Quel est votre avis sur le vapotage dans les lieux publics ?

Je pense qu’il est raisonnable d’éviter le vapotage passif. Même si le risque est minime et peut-être absent, il vaut toujours mieux respecter un principe de précaution. De plus maintenant, on voit arriver le “power vaping”. Ce sont des vapoteurs qui consomment un flacon entier de liquide par jour et qui font d’énormes fumées blanches. C’est peut-être joli mais 80% des particules se retrouvent dans l’air. Alors qu’avant le vapoteur inhalait la quasi totalité des particules et en exhalait fort peu.

En ce qui concerne l’incitation à fumer auprès des jeunes, j’ai changé d’avis. Avant je redoutais que la vape amène à la cigarette. Et j’ai observé ce qu’il se passait chez les 12-19 ans via les enquêtes que l’on fait tous les ans pour Paris Sans Tabac. Maintenant je pense que la e-cigarette est un concurrent de la cigarette et non une porte d’entrée au tabagisme. Les chiffres sont parlants. Chez les 12-15 ans, entre 2013 et 2015, la part de ceux qui ne consomment rien (ni cigarette, ni e-cigarette) a augmenté et la part de ceux qui fument la cigarette a baissé (respectivement de 82% à 89% et de 15% à 7,4%). Dans la tranche d’âge du dessus, on observe aussi une diminution de la consommation de cigarettes, de 4% cette fois.

 

Qu’est ce que vous conseilleriez à quelqu’un qui veut commencer la vape ?

Cherchez le plaisir ! La vape ne vous intéressera pas (et vous fera donc encore moins arrêter de fumer) si elle ne vous procure pas dans les 5 secondes qui suivent l’aspiration, un sentiment de plaisir au fond de la gorge, comme c’est le cas de la cigarette. C’est ce qu’on appelle le “hit”.

Vous ne trouverez peut-être pas votre vape du premier coup. Il faudra vous faire conseiller ou chercher … Mais une fois que vous l’aurez trouvée, vous arrêterez de fumer sans vous en rendre compte.

Dîtes-vous aussi qu’on peut prescrire 2 substituts nicotiniques : patchs et forme orale. Vous pourrez donc très bien faire la même chose avec la vape et associer des patchs à votre e-cigarette.

En conclusion : la e-cigarette permet d’arrêter fumer de façon sympa, sans risque et avec plaisir. Pourquoi se priver de quitter le tabac, un produit qui pue, qui tue et qui ruine ?

 


 

Alors tentés ? 😉
A bientôt pour une nouvelle interview !

 


 

1 – Formaldéhyde (cancérigène),  acroléine (très toxique), acétaldéhyde (probablement cancérigène) et parfois des métaux lourds.

2 – ANSES : Agence Nationale de Sécurité Sanitaire, de l’Alimentation, de l’Environnement et du Travail

3 – INPES : Institut National de Prévention et d’Éducation pour la Santé