Une des bonnes résolutions du Déclic Anti Clope pour 2016 : donner la parole à ceux qui luttent de près comme de loin contre la cigarette. Comme nous en somme 🙂 Pour notre 1e interview, nous avons eu la chance de rencontrer Emmanuelle Béguinot, la directrice du Comité National Contre le Tabagisme, première association française de lutte contre ce problème de santé publique.

Premier extrait sur l’association et son engagement !

 

Le CNCT est un des acteurs majeurs de la lutte contre le tabac en France. Quelles sont vos actions ?

Nous sommes une petite structure qui essaie d’être active sur un certain nombre de sujets.

La prévention

Nous avons une démarche d’information du grand public mais aussi de populations plus ciblées (ex. les femmes enceintes, les jeunes) au travers d’initiatives pilotes.

L’expérimentation

En 1996 par exemple, nous avons été étonnés de voir qu’il existait des lignes téléphoniques pour soutenir les personnes qui se sevraient de certaines drogues mais que ça n’existait pas pour le tabac. Pourtant il nous paraissait évident qu’il fallait le proposer à ceux qui arrêtent de fumer. Il fallait qu’ils puissent parler, être conseillés, soutenus. Arrêter de fumer c’est difficile et ça se fait plus facilement si on est épaulé. Nous avons donc mis en place une ligne et nous avons été surpris par son succès : très rapidement elle a été saturée ! C’est aujourd’hui le 39.89 de Tabac Info Service et le numéro est géré de manière beaucoup plus structurée par l’INPES (l’Institut National de Prévention et d’Éducation pour la Santé).

La promotion des mesures et un support des pouvoirs publics dans leur application

Nous faisons la promotion des mesures dont l’efficacité a été démontrée de manière rigoureuse. Et nous faisons en sorte, qu’une fois adoptées, elles soient appliquées. Car malheureusement ce n’est pas toujours le cas … Nous sommes du reste mandatés par les pouvoirs publics eux-mêmes pour faire appliquer les lois. C’est ainsi que nous intervenons pour que les interdictions de publicité, de fumer sur les lieux de travail ou celle de vendre des produits du tabac aux mineurs soient respectées.

 

Auprès de qui faites-vous la promotion des mesures ?

Cela dépend des mesures. Ce peut être le grand public, les responsables ou les décideurs administratifs. A chaque fois, le Comité National contre le Tabagisme prépare ces mesures avec les personnes concernées et prend en compte leurs possibles besoins.

Pendant un certain nombre d’années, par exemple, nous avons travaillé sur l’interdiction de fumer sur les lieux de travail ou d’accueil du public. Il y a d’abord eu un travail d’information auprès du grand public pour expliquer les enjeux de la protection à l’égard du tabagisme passif. Il ne devait pas seulement être considéré comme un simple problème de gêne mais comme un risque pour la santé. Une fois la mesure adoptée, nous avons réalisé tout un travail d’accompagnement des professionnels concernés. En particulier les représentants de la restauration hôtellerie. Nous les avons informés sur les nouvelles mesures de protection les concernant, sur leurs obligations de faire respecter la mesure et sur les opportunités que cette mesure représentait pour eux. Notamment au niveau commercial au travers d’un service de plus grande qualité.

 

Finalement, vous êtes une sorte de lobby santé en face du lobby cigarettier !

Nous transmettons des informations validées scientifiquement. C’est notre ligne d’action. Face à une désinformation systématique faite à l’encontre des mesures de santé, il est important de transmettre des données avérées et fiables qui vont dans le sens de l’intérêt général. C’est par exemple ce qui s’est passé avec le projet de loi de santé et notamment la mesure du paquet neutre : on a entendu des objections totalement infondées qui visaient à faire peur et à dissuader les parlementaires d’adopter la mesure. Il était donc essentiel de répondre point par point à ces allégations.

 

Le CNCT a été créé en 1868. Pourtant, on a su que la cigarette était dangereuse en 1953 avec l’histoire de la Franche Déclaration*. Comment cela s’explique-t-il ?

Oui, vous avez raison. En fait, quand on consulte les archives de l’association, on se rend compte que des problématiques actuelles étaient déjà évoquées au 19e siècle. Ce n’était pas la question sanitaire dont il s’agissait. Comme vous le dites, les risques réels liés au tabagisme ont été connus ultérieurement. Mais on entendait déjà parler d’une “gène” et de la nécessité de protéger les enfants …

* Relire notre article : La “Franche Déclaration”, super franche

 

Quand on voit le poids du lobby cigarettier, on se dit que la lutte contre l’industrie du tabac est titanesque. C’est probablement pour cette raison que différents acteurs se sont regroupés dans l’Alliance contre le Tabac ?

Cette Alliance a été constituée en 1991 et le Comité National contre le Tabagisme est un des membres fondateurs. L’idée c’est effectivement de se réunir face à un lobby extrêmement puissant, d’être sur des messages scientifiquement validés et d’harmoniser notre discours pour éviter toute discordance. Ce serait préjudiciable aux mesures de santé.

L’alliance regroupe des acteurs très différents. Il y a évidemment ceux de la lutte contre le tabagisme. Mais aussi des structures qui sont directement impactées par le tabagisme :

  • La Fédération Française de Cardiologie : le tabac est un facteur essentiel dans la survenue d’infarctus
  • La Ligue Contre le Cancer
  • La fondation du souffle avec par exemple la BPCO (broncho-pneumopathie chronique obstructive).

Nous sommes également en train d’élargir cette alliance en constituant une coalition qui représente les victimes du tabac. Elle est composée, entre autres, d’associations de malades, de mutuelles, de sociétés savantes et d’établissements de soin. Notre objectif est de faire entendre les millions de voix, habituellement silencieuses, des victimes du tabac. Cela nous permettra de recentrer systématiquement les débats sur les conséquences réelles du tabagisme face à un lobby qui ne fait que de les déplacer ! Ainsi nous pourrons peut-être enfin enfin mettre en place toutes les mesures efficaces.

 

Cela fait plus de 20 ans que vous faites partie du Comité National contre le Tabagisme. Qu’est ce qui a provoqué votre engagement ?

J’ai aidé l’association au départ, bénévolement. Tout de suite, ça m’a passionnée. C’est un sujet dont je ne connaissais pas grand chose et dont je sous-estimais complètement l’ampleur. Quand j’ai mesuré les enjeux sanitaires, politiques, juridiques, économiques et que j’ai constaté le tout petit nombre de personnes qui étaient engagées, j’ai eu envie de faire quelque chose. J’ai démissionné de là où j’étais et j’ai rejoint l’équipe !

 

A suivre dans les prochains épisodes : le lobby cigarettier, le paquet neutre, la consommation en France et les techniques de sevrage.

A très vite !

 


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